James a remarqué le manège discret d’Henry. Sans drame, sans grande révélation, il lui dit avec chaleur et complicité qu’il n’est pas seul, que la fraternité le protège, et qu’un jour ce qu’Henry vit aujourd’hui dans l’ombre se vivra au grand jour.
CHANSON 7 — LE SECRET D’HENRY
Interprète : James (basse-baryton chaude), solo. Henry présent muet à l’écoute.
Style musical : Récitatif chanté narratif, intime. Piano et guitare acoustique. Tempo lent.
Lieu et moment : Cabine d’équipage et coursive E — vers 3 heures du matin, après le service.
Sur scène : Henry est assis sur sa couchette, écoute. James debout, voix retenue mais chaleureuse, lui parle.
Action : James a remarqué le manège discret d’Henry. Sans drame, sans grande révélation, il lui dit avec chaleur et complicité qu’il n’est pas seul, que la fraternité le protège, et qu’un jour ce qu’Henry vit aujourd’hui dans l’ombre se vivra au grand jour.
Décor
Retour à la cabine étroite de la chanson 2 (panneaux refermés, lampe à pétrole pratique). Cette fois Henry est assis et James est debout. La lampe est plus tamisée. Lumière très basse, deux poursuites discrètes : une sur le visage d’Henry, une sur celui de James. Le reste de la scène dans le noir presque total.
Notes dramaturgiques
James doit être doux, jamais grandiloquent. Il ne sermonne pas, il rassure. C’est une scène de tendresse fraternelle pure. Pas un mot ne doit sentir le militantisme : c’est en 1912, ces mots se disaient à voix basse, à un seul à la fois, dans le noir. James a vécu, il sait, il transmet. Henry pleure peut-être en silence, mais ne dit rien — la fin parlée de James (« Allez va dormir ») doit être presque sans timbre, comme un père. La chanson prépare en filigrane le retournement de James à la chanson 10.
Paroles
Tu peux ranger tes airs de jeune homme bien sage,
Je connais ce regard, j’en ai vu sur tant de visages,
Quand le grand brun du quatre est passé tout à l’heure,
Mon petit Henry, j’ai cru voir s’arrêter ton cœur.
Pas la peine de rougir, pas la peine de te taire,
Sur ce bateau de fer on est tous des frères,
On apprend à se taire et on ne parle pas,
Mais entre nous, mon gars, on ne me la fait pas.
Tu n’es pas seul, Henry, des gars comme toi, il y en a foule,
On est nombreux sous la coque, sous la même houle.
Frères de coursive, frères de secret,
Frères qui se comprennent quand le monde se tait,
Tiens bon, mon vieux, avec ton secret de cœur,
On veille les uns sur les autres, ici comme ailleurs.
Là-bas en Amérique, tu auras le droit d’aimer,
Pas tout de suite peut-être, mais les choses vont changer,
Un jour, je te jure, plus personne ne demandera,
Si t’aimes une fille ou un gars, ce sera ton choix à toi.
On dira c’est banal, c’est commun, c’est l’amour,
Plus de secret, plus de honte, plus de nombreux détours,
Crois-moi, mon p’tit Henry, le monde changera,
Et ton cœur un jour ira où bon te semblera.
Frères de coursive, frères de secret,
Frères qui se comprennent quand le monde se tait,
Tiens bon, mon vieux, avec ton secret de cœur,
On veille les uns sur les autres, ici comme ailleurs.
James — Allez, va dormir, va Henry.
James — Et n’oublie pas, mon frère, ici tu as des amis.