Entre deux services, au bastingage tribord, Henry contemple le sillage laissé par son départ.
CHANSON 4 — ADIEU SOUTHAMPTON
Interprète : Henry (ténor aigu), avec chœur d’émigrants en bridge et final
Style musical : Ballade AABA Broadway. Tempo modéré, accordéon et cordes, montée chorale.
Lieu et moment : Pont C tribord, bastingage extérieur — 11 avril 1912, matin, juste avant Cherbourg.
Sur scène : Henry au bastingage en uniforme contemple le sillage. Loin derrière lui, sur les ponts inférieurs, un chœur d’émigrants regarde aussi s’éloigner l’horizon. Présents muets : passagers de promenade, deux enfants qui courent.
Action : Henry contemple le sillage et chante son adieu à l’Angleterre. Le chœur d’émigrants reprend en bridge : Henry n’est qu’un parmi des centaines de fugitifs.
Décor
Plateforme supérieure dégagée, rambarde du pont C en place. Cyclorama : projection d’un sillage marin qui s’éloigne. Le Grand Escalier reste visible dans le médium, éteint. À jardin, en contrebas, un demi-cercle de figurants d’émigrants (le chœur du bridge) éclairé par une lumière plus dure et bleutée — visuellement séparés d’Henry par un changement d’intensité.
Notes dramaturgiques
C’est la première fois qu’Henry chante au grand jour, à l’extérieur, en pleine lumière. La voix doit s’ouvrir un peu plus qu’à la chanson 2 — sans aller vers l’éclat. Le couplet 4 (sur l’amour interdit) est crucial : il dit à l’horizon, donc à personne, donc à lui-même, ce qu’il n’a encore jamais formulé. Le chœur d’émigrants en bridge le grandit et le contextualise — il devient l’un parmi mille. Travail sur la respiration : longues phrases tenues, vibrato discret.
Paroles
Adieu, vieille Angleterre, tes brumes et tes querelles,
Adieu, salon maternel, adieu, gifle paternelle,
Le quai s’éloigne enfin, les mouchoirs blancs s’effacent,
Et je sens monter en moi une étrange audace.
J’ai vingt ans tout juste, et le monde devant moi,
J’ai ton nom dans la poche et ton amour pour seul toit,
Cherbourg dans quelques heures, Queenstown dès demain,
Puis l’océan, puis l’Amérique, puis ta main dans la mienne.
[Le chœur d’émigrants rejoint Henry.]
Je pars, je pars, j’improvise,
Je pars, je pars, vers la terre promise,
Émigrants par amour, marin par besoin,
Avec la seule promesse, que de nouveaux matins.
Adieu, vieille Angleterre, tes pierres et tes silences,
Adieu, mon père sévère qui pesait sur mon enfance,
Je ne sais pas ce que sera demain, je vis aujourd’hui,
Et la mer immense efface ce que je laisse ici.
Pourquoi doit-on choisir une maîtresse plutôt qu’un amant ?
Je ne demandais rien d’autre que d’aimer librement.
Je n’ai pas honte de fuir, je ne veux plus souffrir,
Mon avenir est là-bas, je ne laisse que de tristes souvenirs.
[Final avec le chœur.]
Je pars, je pars, j’improvise,
Je pars, je pars, vers la terre promise,
Émigrants par amour, marin par besoin,
Sans savoir ce que sera demain.