Le voyage commence. C’est votre première nuit en mer. Dans sa cabine d’équipage, Henry, jeune steward britannique, écrit dans son journal une lettre destinée à la personne qu’il aime, et qui l’attend à New York dans quelques jours.
CHANSON 2 — LETTRE À SAMUEL
Interprète : Henry (ténor aigu), solo intime
Style musical : Lamento intime, sans refrain. Piano seul, voix nue. Tempo lent, dynamique contenue.
Lieu et moment : Cabine d’équipage (Glory Hole), pont E — 10 avril 1912, soir, première nuit en mer.
Sur scène : Henry seul, en uniforme de steward, plume et papier sur ses genoux. Aucun autre personnage.
Action : Henry écrit une lettre à Samuel à la lampe à pétrole. La lettre devient chant intérieur. Il raconte le rejet de sa famille, la fuite, la promesse de retrouvailles à Greenwich Village. La scène pose la voix d’Henry pour tout le spectacle.
Décor
Les panneaux latéraux glissent en cour pour fermer un petit espace intime niveau inférieur, sous l’escalier : un lit superposé étroit, une lampe à pétrole pratique posée sur un caisson, un manteau de steward accroché à un crochet. Les chandeliers du Grand Escalier sont remontés en hauteur, hors champ. Lumière unique chaude venant de la lampe pratique, plus une douche très douce qui sculpte Henry. Le reste de la scène dans l’ombre.
Notes dramaturgiques
Premier solo d’Henry, première fois que le public le rencontre. Il doit chuchoter avant de chanter. C’est l’intériorité d’un garçon de vingt ans qui n’a jamais dit ces mots à personne, qui les écrit pour la première fois. La voix part dans la fragilité et trouve, vers la fin, une assurance neuve. Le ténor doit résister à toute tentation de projection — ce sera la chanson la plus discrète d’Henry. Tout y est promesse contenue.
Paroles
Mon ami je t’écris des coursives du géant,
Le navire dort et mon cœur est tremblant,
Mon père m’a chassé, ma mère a baissé les yeux,
Je ne sais que penser, de toi je suis amoureux.
J’ai pris ce poste de steward pour fuir leurs prières,
Le silence de ma mère et la violence de mon père.
Je servirai le thé aux marquises, le jour,
Le soir je relirai tes lettres parlant de notre amour.
Tu es parti devant moi pour préparer la voie,
Greenwich Village, dis-tu, où l’on peut avoir le choix,
Où les hommes marchent sans devoir baisser la tête,
Où l’on peut vivre libre, sans aucune étiquette.
[Chuchoté.]
Six nuits, six nuits encore, et je toucherai ta main,
Six nuits, six nuits encore, et l’on sera ensemble sur ce nouveau chemin.
Attends-moi sur le quai, j’arrive bientôt,
Attends-moi sur le quai, vois venir ce paquebot,
Garde-moi ce regard qui m’a un jour sauvé,
Je reviens vers toi, mon Samuel, mon aimé.
(Je reviens vers toi, mon Samuel, mon aimé.)
[Voix presque parlée pour la dernière phrase.]
Je reviens vers toi.