Pour se changer les idées, Henry aime descendre voir les troisièmes classes. Il y retrouve Mary, une jeune Irlandaise. Voici la grande salle. Vous êtes tous invités à danser.
CHANSON 3 — SOUS LE PONT
Interprète : Mary (soprano folk), avec ensemble dansant. Bref interlude parlé d’un passager des troisièmes classes.
Style musical : Hymne festif populaire. Gigue irlandaise (6/8), accordéon et violon entraînants, percussions, chœur en bridge.
Lieu et moment : Salle commune de la troisième classe, pont F arrière — 10 avril 1912, soir, premier soir festif.
Sur scène : Mary chante au centre, jupe tournoyante. Un violoneux et un accordéoniste irlandais. Foule dansante composite (Irlandais, Italiens, Suédois, Syriens). James, le steward, descend furtivement par l’escalier et croise le regard d’Henry, caché dans un coin.
Action : Bal populaire de la troisième classe. Mary mène la danse, se moque gentiment des riches d’en haut. Première apparition de Mary, premier croisement Henry-James-Mary, première gigue.
Décor
Les panneaux latéraux glissent pour fermer un espace bas, plafond visiblement plus court. Une longue table de réfectoire et deux bancs roulent du jardin. Lanternes à pétrole suspendues en pratique. Lumière chaude basse (ambres). Le Grand Escalier reste visible en arrière, mais éteint, comme appartenant à un autre monde. Au moment où James apparaît, une lumière froide tombe brièvement de l’escalier pour marquer le franchissement de la frontière sociale.
Notes dramaturgiques
Le numéro doit donner envie au public de taper du pied. Mary entre en grande énergie, elle est l’opposée d’Henry — vive, frontale, païenne, populaire. Sa moquerie des riches n’est jamais haineuse : c’est de la fierté de classe joyeuse. Les danseurs doivent être virtuoses : c’est le seul numéro de l’Acte I à grand déploiement chorégraphique avant la valse. Le passage où elle s’adresse à Henry doit le mettre en gêne tendre, jamais en humiliation. Henry est invité à danser — il ne sait pas — c’est le rire de l’ensemble qui le sauve.
Paroles
Sous le pont, sous le pont, la fête est folle,
Sous le pont, sous le pont, on rigole de Bristol,
Sous le pont, sous le pont, l’orchestre n’a qu’un violon,
Mais on danse plus fort que dans leur foutu salon.
Là-haut ils boivent du champagne avec le petit doigt levé,
Ici on boit la bière brune et on chante enivré,
Là-haut ils ont des talons, ici on a des sabots,
Et nos danses font vibrer tout le paquebot.
Sous le pont, sous le pont, la fête est folle,
Sous le pont, sous le pont, on rigole de Bristol,
Sous le pont, sous le pont, l’orchestre n’a qu’un violon,
Mais on danse plus fort que dans leur foutu salon.
Mon frère a vendu sa vache pour payer le voyage,
Ma sœur a brodé tout son temps pour tourner la page,
On va dans le grand pays où le pain est blanc,
Où l’on dit que les rues sont pavées d’or et d’argent.
Un passager — Eh mais regardez qui revoilà, c’est notre steward anglais !
Steward Henry, viens donc danser avec nous, viens taper,
Tu seras moins triste qu’avec les vieilles et leur tasse à thé,
On t’apprendra le reel, on t’apprendra la gigue,
C’est vers la liberté qu’on navigue.
[Bridge — chœur en montée.]
Hé, hé, hé, demain c’est l’Amérique,
Hé, hé, hé, demain c’est la République,
Hé, hé, hé, on aura nos maisons,
Hé, hé, hé, et on vivra avec passion.
Ici au moins on sait s’amuser,
Là-haut ils sont friqués mais bien plus coincés,
Ici on n’a pas d’argent,
Mais on a de l’amour à revendre comptant.
Sous le pont, sous le pont, la fête est folle,
Sous le pont, sous le pont, on rigole de Bristol,
Sous le pont, sous le pont, l’orchestre n’a qu’un violon,
Mais on danse plus fort que dans leur foutu salon.
(Mais on danse plus fort que dans leur foutu salon.)
Sous le pont, sous le pont, la fête est folle,
Sous le pont, sous le pont, on a quitté Bristol,
Sous le pont, sous le pont, l’orchestre n’a qu’un violon,
Mais on danse à en perdre la raison.
(Mais on danse à en perdre la raison.)